Première station

Jésus est condamné à mort

Lecture

Pilate dit aux Juifs : « Voici l’homme ! » Dès qu’ils le virent, les grands prêtres et les gardes crièrent : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! » Pilate, ayant pris peur, fit amener Jésus dehors et s’assit à son tribunal. Pilate dit alors : « Voici votre roi ! » Les grands prêtres répondirent : « Nous n’avons d’autre roi que César ! » Alors, il le leur livra pour être crucifié. (Jn 19, 4-16)


Méditation

Ce sont les mêmes !

Oui, Seigneur, il n’y a pas de doute, je les reconnais, ce sont eux, ce sont bien les mêmes.

Ceux qui te suivaient hier et qui te rejettent aujourd’hui.

Hier, les palmes à la main, ils t’acclamaient lors de ton entrée triomphale à Jérusalem.

Aujourd’hui, le poing levé vers le ciel, ils réclament ta mort.

Hier, ils proclamaient avec enthousiasme : « Hosanna au fils de David ! »

Aujourd’hui, ils hurlent avec violence, le cœur rempli de haine : « Qu’il soit crucifié ! »

Hier, ils t’admiraient, te courtisaient, ils voulaient te faire roi.

Aujourd’hui ils t’insultent tel un criminel.

Ce sont les mêmes, c’est certain. Les mêmes hommes et les mêmes femmes. La même foule fragile, versatile, lâche, instable, qui change d’avis pour un oui ou pour un non. Hier ils accouraient vers toi, aujourd’hui ils te tournent le dos. Ainsi vont les vagues de la mer. Elles courent sur le sable fin de la plage, rafraîchissantes, joyeuses. Soudain, stoppant brutalement leur course, elles se retirent laissant derrière elles quelques lambeaux d’écume et un goût amer d’abandon.

Mais que s’est-il donc produit ? Passe-t-on ainsi en un instant de l’amour à l’indifférence ? Pourquoi donc faudrait-il récolter la haine lorsqu’on sème l’amour ?

Ils ont, il est vrai, la mémoire bien courte !

Oubliées toutes tes attentions, oubliées les preuves d’amour, niés les signes que tu es celui qu’ils attendaient : « Les boiteux marchent, les aveugles voient, les sourds entendent. » Privés de mémoire, leur cœur et leur esprit sont en proie à la haine.

Quelques meneurs ont suffi. Quelques « grandes gueules » qui l’ouvrent plus fort que les autres et tous renient aujourd’hui celui qu’ils vénéraient hier. Ils crient, ils gesticulent, ils vocifèrent : « À mort, à mort ! » Savent-ils au moins pourquoi, après qui et après quoi ? Qu’importe, ils sont du côté des meneurs. C’est plus facile, plus rassurant, il n’y a qu’à suivre.

« Lorsqu’un homme est tombé, dit Charles Péguy, tout le monde est dessus. »

D’où sortent-ils ceux que je te montre du doigt ? Sont-ils si différents de moi ? Non, puisqu’ils sont mes frères. Je n’ai pas de mal à me reconnaître en eux, j’ai été taillé dans le même bois.

Oui, je dois l’avouer, souvent, par lâcheté, je choisis le parti du dernier qui a parlé, de celui qui me fait peur parce qu’il en impose. Je suis sans conviction, sans certitude, j’avance au gré des modes. Je me laisse entraîner par le courant. Je ne sais pas dire non. J’ai un tel désir de séduire que je préfère leur plaire que te plaire. Je suis une girouette, ma direction est celle du vent qui me pousse. Au bout du compte, je ne vaux pas mieux que Pilate.

Oui, Seigneur, moi aussi, par conformisme, je suis le complice de ceux qui, aujourd’hui comme hier, te condamnent à mort dans tous ceux qui prolongent dans leur corps et dans leur cœur les souffrances de ta passion.

Plus que des mots, mes silences coupables disent aussi : « À mort, à mort, qu’il soit crucifié ! »


Seigneur, je te le demande, donne-moi le courage de montrer que je t’aime.

Donne-moi la grâce de te rester fidèle. Guéris ma lâcheté, afin que je sois fort pour choisir le côté de ceux qui ne t’abandonneront jamais.


Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun